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Pensées...

18 Fév 2009 - 07:11:31
Le roman du chat qui n'aimait personne : chap 8 et 9

Chapitre 8


     
¾ On a une responsabilité dans cette affaire, Myna, on ne peut pas la laisser toute seule. L’humanité n’a pas le monopole de la solidarité et de la compassion. Il serait temps que les choses évoluent dans notre monde, sinon on court droit à notre perte. On aurait jamais dû la laisser sans surveillance, même cinq minutes, après ce qu’on venait de lui révéler. Tu te rends compte ? Tu lui as jeté à la figure qu’elle était morte et qu’on l’avait vampirisée ! Comment croyais-tu qu’elle allait le prendre ?
     ¾ Tu ne réponds pas à ma question, Oren.
     ¾ Je suis extrêmement contrariée, tu m’avais dit que tu allais faire des efforts de socialisation et bien ce genre d'effort passe aussi par un peu de diplomatie. Je ne sais pas, tu aurais pu essayer de lui amener les choses autrement que  :   tu es morte, et maintenant tu es un vampire et tu vas vivre éternellement en buvant du sang. C’est bon, autant lui dire qu’elle pouvait se jeter sous un pont tout de suite. Ah et je ne parle même pas de ta deuxième intervention qui a consisté à lui dire que c’était pas la peine qu’elle tente de reprendre contact avec sa famille ou ses amis parce qu’ils courraient un trop grand danger. Tu avais qu’à lui dire qu’elle allait devoir dévorer un nouveau né à chaque pleine lune ainsi qu’aux périodes de soldes tant que tu y étais ! Ce n’était pas compliqué, juste un peu de diplomatie. En plus, en tant que vampire et même si tu as été exilée, toi plus qu’une autre, tu as une responsabilité vis-à-vis d’elle. Je ne sais pas pourquoi, mais celui ou celle qui l’a faite l’a abandonnée et ça, ça prouve bien que nous sommes face à un problème plus complexe qu'une simple vampirisation.
     ¾ Oui mais moi, ma question, c’était pourquoi a-t-on emmené le chat ?

      Oren regarda la sac en bandoulière que tenait Myna et dans lequel, la petite boule de poils grise se nichait, l’air consterné.
     ¾ Mais…je…je n’en sais rien ! ! On a perdu Dawn, je ne voulais pas prendre le risque de perdre en plus son chat ! Il semble être la seule chose dont elle se souvienne. Je pense que c’est un signe. On ne plaisante pas avec les signes, tu le sais.

    
          Oren ralentit lorsqu’elle s’approcha du passage à niveau. Son coupé Mercedes, qui avait tout du gadget automobile, dût salir ses jolis pneus neufs sur le sol mal entretenu de la zone industrielle. Quand elles avaient réalisé que Dawn s'était enfuie, elles avaient tenté d’anticiper les mouvements de la jeune femme pour la retrouver. Le problème était que, comme tous les amnésiques, leurs réactions étaient guidées par l’instinct et l’inconscient et non par le raisonnement ou le vécu. Or, Myna et Oren n’avaient que très peu d’informations concernant Dawn. Ses papiers, oubliés à la boite de nuit, ne leur avaient révélé que son identité, mais rien sur ses anciennes habitudes. Ce n’était d'ailleurs pas n’importe quelle prise, la famille Windsharp avait pignon sur rue dans de nombreux domaines dont notamment celui d’Internet. Ils avaient assis leur fortune en développant des sites qui permettaient aux artisans, trop peu développés pour ouvrir un fonds de commerce, de pouvoir vendre leurs biens via un site d’exploitation et de gestion. Ils avaient été les premiers à lancer l’idée dix ans auparavant et le principe fonctionnait encore à merveille. Cette manne financière leur avait ensuite permis d’infiltrer à coup de partenariats juteux les grands sites de distribution de marchandises discount ainsi que de prendre des parts sociales dans des conglomérats d’agroalimentaires. Depuis quelques années, la famille achetait ses lettres de noblesse en multipliant les œuvres caritatives. Ils étaient de tous les combats sociaux, médicaux et politiques pourvu que l’objet de l'aide fût médiatisé. Dans la ville, un dîner de charité ne se faisait pas sans eux et bien que cette ascension sociale leur avait coûté des sommes colossales, le résultat était plutôt réussi. Ils se comportaient comme une famille dont le sang bleu remontait au moins aux Tudor et tout le monde semblait avoir oublié que cinquante ans auparavant, le grand-père était immigré irlandais, boucher de son état dans un quartier populaire. Oren, qui depuis des générations, gérait d’une main de maître un empire financier basé sur l’achat et la revente d’œuvres d’arts et d'antiquités avait croisé deux ou trois fois les époux Windsharp à l’occasion de galas de charité ou d’expositions médiatiques. A cette époque, elle ignorait qu’ils avaient eu des enfants et encore moins que leur cadette se retrouverait dans une situation aussi étrange qu'incompréhensible.

    
             Ce qui était un fait exceptionnel ne résidait pas en son agression par un vampire, car c’était un fait relativement banal, même si très tôt dans l'histoire humaine la population avait été mise en garde contre des pratiques jugées à risques. Les têtes pensantes, majoritairement le clergé puisque c’était le seul qui détenait l’art de l’écriture à l'époque de l'obscurantisme, avaient jadis diabolisé tout ce qui leur paraissait être un danger pour la population et son salut. Et elles voyaient du danger partout, plus ou moins violemment selon les grandes phases de contrôle et de crises religieuses. Les chats noirs, les femmes, les passionnés, les subversifs, les libertins, les artistes étaient autant de bubons pestilentiels accrochés à une société qu’on voulait maintenir apeurée et ainsi dépendante. Cela avait coûté un grand retard de civilisation mais avait limité en revanche la prolifération de rencontres malheureuses. La plupart des vampires évoluaient, en effet, dans les cercles subversifs et artistiques qui faisaient de l’ombre à la suprematie du clergé. La diabolisation des endroits où on pouvait en rencontrer avait permis d'éloigner l’Homme de l’influence du vampire. Et les clichés enfantins avaient la vie dure. Des siècles plus tard, on continuait de croire qu’un vampire, dans l'hypothèse improbable où il existait bel et bien, qui vous mord vous tue ou vous vampirise, qu’il brûle à la lumière du jour et qu’il ne supporte pas l’ail. En réalité, au-delà de l’aspect nourrissant, la morsure pour un vampire était plutôt un jeu de pouvoir et une pratique sexuelle. Sauf en des temps anciens où l’espérance de vie humaine était une notion qui prêtait à rire tant elle était aléatoire, les vampires ne tuaient plus pour se nourrir, d’une part parce que vider le sang d’un être humain entier les auraient fait éclater et d’autre part, parce que même si la période de l’obscurantisme avait réduit à néant le principe d’enquête policière, l’antiquité et sa redoutable organisation judiciaire aurait tôt fait de remonter à la source vampirique, s’ils avaient semé des cadavres exsangues un peu partout. Un vampire mordait par attirance, par provocation ou dans l'intention de créer un autre vampire. Beaucoup d’humains qui avaient fréquenté certaines boites de nuit un peu sélect et branchées avaient, sans le savoir, été sans doute déjà mordus. Tout comme les chauve-souris du même nom, la salive du vampire comprenait un puissant anesthésiant et un cicatrisant efficace. Le lendemain, le mordu se réveillait avec un fort mal de tête et une rougeur allergique à l’endroit de la blessure. Bref, rien qui puisse émouvoir les foules ou la sainte inquisition et c'était ce qui avait assuré la survie de ce peuple. Restait que la contamination vampirique dont le but était de produire un nouveau vampire nécessitait un processus long et dangereux pour la santé de l’être humain, parce qu’il comprenait un échange de sang, donc l’insertion d’un agent pathogène dans un organisme saint. Cette opération pouvait conduire à la mort du porteur et malgré l’acharnement des scientifiques de la nation vampirique, il était impossible de prévoir à l’avance quel porteur allait survire, mourir ou bien muter. C’est pourquoi, chaque tentative d’accouchement vampirique par cette voie était suivi par un responsable des autorités de cette nation. Il fallait donc faire une demande officielle et celle-ci devait être approuvée par un collège d’anciens. Chez les vampires, tout se faisait en au moins trois exemplaires avec deux contre seings. Ils ne s’étaient jamais remis de l’organisation de l’Egypte sous Ramsès II qu’ils considéraient comme un modèle administratif. C'était extrêmement bureaucratique mais relativement efficace. Oren, en grande historienne de ce riche bestiaire que recouvrait la part d'ombre de son monde, connaissait par cœur cette histoire. Dawn n’aurait donc jamais dû être abandonnée par son créateur. Elle aurait été au contraire amenée dans un des grands centres de gestion des vampires, elle aurait été choyée, suivie et examinée à la loupe. Une mutation réussie était une bénédiction pour un peuple qui ne parvenait pas à renouveler ses générations et donc un don extrêmement précieux qu’on ne laissait pas traîner dans les toilettes d’une discothèque, même de la dernière mode.

     Restait donc une seule option, improbable, mais encore possible. Un vampire pouvait aussi mordre pour tuer. Seulement d’ordinaire, il le faisait contre les créatures de l’ombre pas contre des humains. A quoi cela leur aurait-il servi de tuer des humains dont ils avaient besoin et qu’ils pouvaient manipuler et acheter aussi facilement ? Bref, Oren sentait la migraine cogner aux portes de ses tempes. Pourquoi tuer une étudiante de cette façon là, avec les risques que cela pouvait impliquer ?  Savait-elle quelque chose qu’elle ne devait pas savoir ou représentait-elle un danger intolérable ? Et un danger pour qui ?

     ¾
Stop, claqua Myna sur un ton sec qui lui était habituel. Elle n’est pas loin, je la sens.
       Oren sortit de la torpeur de ses réflexions et mit les plein phares pour voir devant elle.
      ¾ Ici ? mais c’est un gare désaffectée…Qu’est-ce qu’elle viendrait faire ici ?
      ¾ Elle est folle et bête. Ca ne me paraît pas illogique qu’elle ait fait un choix complètement irrationnel.
      ¾ Myna, elle n’est pas folle ni bête, elle est juste désorientée et tu le serai aussi à sa place.

      Oren gara la voiture, puis alla ouvrir le coffre. Elle en sortit deux desert eagle sur lesquels elle enclencha un silencieux. Elle tendit à Myna des cartouches de munitions supplémentaires. Les jeunes femmes étaient des professionnelles de la communication agressive, autrement dit, elles étaient chargées de faire passer un message d’une émetteur à un récepteur et si le récepteur ne comprenait pas le message du premier coup, alors elles lui réexpliquaient le concept avec des accessoires directement produits par la grande distribution de l'armement.
      ¾ Je croyais que tu voulais la sauver ? Si tu préfères la tuer, tu sais on peut le faire sans arme, inutile de gâcher des munitions.
      ¾ Ce n’est pas ça, mais mon instinct n’aime pas ce qu’il voit. Une gare désaffectée en pleine nuit, un vampire paumé là-dedans…C’est un scénario catastrophe, crois-moi, je suis une spécialiste des scénario catastrophes.
       ¾ La catastrophe, c’est surtout qu’on va ruiner nos Prada sur ses graviers !

       Soudain un coup de feu creva l’atmosphère glacée des lieux.
      ¾ Des fois, un jour, j’aimerai avoir tort…juste pour voir ce que ça fait…Elles s’élancèrent vers les hangars et, après avoir tendu l’oreille, elle se dirigèrent vers celui dans lequel une bataille chaotique semblait faire rage. A peine entrées dans la grande sale, elle durent se mettre à couvert sous les tirs très précis d’assaillants invisibles qui n’avaient par encore repéré leur présence et semblaient tirer un peu n'importe où. Oren dégrafa son petit blouson en cuir serré pour avoir plus d’aisance et arma ses automatiques.
       ¾ Tu as pu voir qui nous tirait dessus ? Lança-t-elle à Myna qui avait trouvé refuge un peu plus loin derrière une vieille remorque.
       ¾ Non, mais ce que mon nez me dit en revanche, c’est qu’un sale lycan se trouve ici !
        ¾ Un lycan ? Mais les Lycans n’utilisent pas ce genre d’armes…
       ¾ Oui et bien peut-être que ceux-là ont gagné un forfait découverte dans un stand de tir, qu’est-ce que j’en sais moi ? Je te dis qu’il y a un lycan ici.

       La question du loup-garou avait toujours divisé les deux jeunes femmes. C’était leur seul point de discorde entre elles, mais il était constant. Oren avait été plus ou moins élevée par ce peuple. Son mentor n’était autre que leur roi et elle avait partagé sa jeunesse avec ses deux fils. Elle aimait ce peuple et leur vision du monde. Myna, quant à elle, et malgré la condamnation à l’exil dont elle avait fait l’objet par ses propres pairs, avaient été élevée dans la haine du lycan en tout bon vampire qui se respecte. Il fallait croire que le monde des ombres n’étaient pas assez grands pour deux nations concurrentes en nombre et en puissance. Mais, s’il était vrai que c’était un sport prisé que de chasser les vampires, comme on attrape des baballes, les loups-garous ne s’en seraient pas pris à une proie aussi facile et fragile. Ils avaient des principes de chasse précis dont leur souverain n’aurait toléré aucune entorse.
     Oren fixa sa partenaire tout aussi lassée qu’elle d’être coincée à l’entrée du hangar, puis se concentra et visa dans le noir. Un râle ou deux, suivit d'un chuintement d'acier et de tissu lui confirmèrent qu'elle avait fait mouche. Cela étant, elle faisait toujours mouche. Malgré son physique d’adolescente versée dans le gothique fashion griffé haute couture, Oren était une pointure dans son domaine et rien ne pouvait se soustraire à sa main armée quand elle faisait de vous sa cible. Myna fit un bref signe de la tête puis s’élança droit devant, couverte par les tirs précis de sa partenaire. D’un bond leste et puissant, elle sauta sur les reliefs des caisses empilées et des vieilles carcasses de wagons pour aller débusquer l’ennemi dans les recoins de ses cachettes. Ses tirs étouffés par les silencieux, habitude de travail systématique, étaient suivis de sons brefs et sourds des corps qui tombent comme les fruits mûrs d’un arbre fertile. Myna finit par cesser de tirer pour se concentrer et trouver le reste des assaillants.
         Soudain, un grognement puissant la fit se retourner et sa souplesse, pourtant exceptionnelle, ne suffit pas à lui faire esquiver un magistral coup de patte. Elle recula de plusieurs mètres sous l'impact et son élan fut stoppé lorsque son dos heurta une pile de palettes. Elle arma à nouveau et visa la boule de poils infâme qui sautait de pyramides d’objets industriels en poutres d’acier soutenant l’édifice.

      ¾
Myna ! ! Cria Oren, il n’est pas contre nous ! C’est Liam !
     Le vampire feula puissamment et cessa de le viser. Il ne manquait plus que lui, le fils cadet de Marcus, roi incontesté et inconstable du peuple des loups-garous. Depuis que Myna avait décidé de remettre sa vie entre les mains d’Oren, elle avait du faire beaucoup de concessions dont tout le monde semblait ignorer l’étendue, selon elle. L’une notamment et pas des moindres, consistait à accepter le fait qu’Oren était donc presque de la famille de Marcus, autrement dit de la famille de ces sacs à puces puants et résolument abjectes. Les lycans étaient les pires des créatures au monde, ils étaient arrogants, jaloux, envieux de la position des vampires et dévorés par un complexe d’infériorité qui les ramenait à leur dure condition de gros chiens, ni plus, ni moins. Côtoyer un lycan revenait à considérer que son caniche pouvait avoir une conversation intéressante sur les origines de la vie et une conscience de moi intérieur. Totalement débile.
           La grande porte d’entrée du hangar s’ouvrit brusquement plus en grand derrière Oren et les silhouettes nimbées d’ombres de l'ennemi commencèrent à s'échapper de la grande salle dans un flot saccadé mais efficace.

         ¾
Ils s'enfuient ! S’écria Oren qui s’élança à leur suite dans l’espoir de voir à qui elles venaient d’avoir à faire.
         Myna sauta à terre et se dirigea prudemment dans le noir. Les assaillants n'étaient peut-être pas tous partis et le Lycan demeurait encore quelque part dissimulé dans les recoins de la pièce. Elle sentait Dawn, elle l’avait sentie depuis le début. Elle était cachée dans cet endroit et elle était vivante, enfin morte pour être précis, mais toujours en bonne santé et en un seul morceau.

         ¾
Mais merde ! ! C’est quoi ton problème ? Tu tires dans le tas et après tu réfléchis ? T’as pas vu qu’il y avait deux camps  et que ceux qui te tiraient dessus le faisaient sur moi aussi ?

         Myna fit volte face et planta ses yeux froids d’encre noire, sur la silhouette à nouveau humaine et totalement nue de Liam. Elle pointa son arme droit sur lui.
          ¾ Je n’ai pas pris mes balles en argent, mais je pense que je peux quand même te faire quelques dégâts fâcheux, dit-elle sur un ton monocorde en visant finalement l’entrejambe du lycan.

        Liam ralentit et mit spontanément sa main devant ses parties, ô combien précieuses, par un réflexe un peu puéril.
        ¾ Si tu n’étais pas avec eux, poursuivit-elle, qu’est-ce que tu fais ici ?
        ¾ Ca te regarde pas ! Et comme j’étais là avant toi, je pense que c’est plutôt à moi de te poser la question. D’habitude, le courage vampirique vous fait vous déplacer à trois ou quatre, au minimum, alors où sont tes petits copains morts-vivants ?
       ¾ Liam ! lança Oren qui venait de pénétrer à nouveau dans le hangar, hélas totalement bredouille. Je savais que c’était toi ! J'aurais reconnu ton grognement n'importe où.
        Elle s’élança vers lui et lui sauta au cou dans un geste enfantin et spontané qui lui était habituel. Liam la serra fort contre lui par automatisme familier.
        ¾ Oren ? Mais qu’est-ce que tu fabriques dans ce genre de coin sordide ?
        ¾ Je vais vomir, un jour. Par pitié, Oren, il est nu, pense à l'hygiène…
        ¾ Je suis à la recherche d’une jeune fille, fit-elle sans relever l’objection de son amie, en fait c’est un jeune vampire. Elle est sous ma protection mais elle m’a échappée. Elle est en grand danger. Enfin, c'est un très longue histoire.
         ¾ Oui la petite crevette. Dawn c’est ça ?
         ¾ Tu la connais ?
        ¾ Pas vraiment, en fait je l’ai un peu coursée, je pensais qu’elle m’amènerait à d’autres vampires. Elle a failli passer sous un train tellement elle était à côté de ses pompes. Elle m’a un peu raconté son histoire et soudain, des types nous sont tombés dessus. Merde, j'ai horreur que des gars sortis de nulle part se la jouent men in black et essayent de vous plomber les fesses, sans s'annoncer ni dire pourquoi  ! On les justifie maintenant nos guerres, bordel  ! Et, je veux pas faire dans la théorie du complot, mais c’était pas après moi qu’ils en avaient.      
        ¾
Bon attends, une chose après l’autre. D’abord elle est où ?
        ¾ Je l’ai laissé là-bas.

         Il pointa du doigt sur la gauche puis s’avança jusqu’à l’endroit indiqué où Dawn n’avait pas bougé d’un poil, le nez toujours collé au sol, ce qui semblait devenir chez elle une habitude.
         
¾ Pauvre petite, lâcha Oren dans un souffle maternel. Dawn ? Tout va bien, tu es hors de danger.
          La jeune fille leva le nez du béton froid et irrégulier. Elle ne savait pas exactement pourquoi, mais elle était soulagée qu'Oren l'ait retrouvée, comme si elle s'était finalement sentie un lien avec cette inconnue. Après tout, elle et Myna étaient à présent les deux seules personnes qu'elle connaissait puisqu'elle ne se souvenait plus d'aucune autre.
            ― Mais qui étaient-ils et qu'est-ce qu'ils voulaient  ? Demanda Dawn tout en se relevant péniblement.
            ― Je ne sais pas, mais il va falloir découvrir ça vite.

           Oren épousseta la jupe de Dawn. Elle avait l'air contrariée et ses jolies lèvres fardées d'un rouge carmin profond se tordaient en un rictus ennuyé. 
            ― Quoi, même vous, vous ne savez pas qu…
           Dawn s'arrêta soudain de parler lorsque ses yeux rencontrèrent la plastique athlétique et, surtout, totalement nue de Liam. Malgré un effort de concentration surhumain, enfin sur-vampire à présent, elle piqua un phare très visible.
             ― heu… est-ce que je suis la seule à avoir remarqué qu'il était nu et est-ce que je suis la seule que ça perturbe  ?

           Liam éclata d'un rire franc et mélodieux.
          ― Désolé de te perturber, mais quand tu es un loup garou, il y a deux choses auxquels tu renonces  : la pudeur et monter à cheval, tout comme tu devras toi-renoncer à sentir bon. C'est pareil.
          ― Pourquoi monter à chev…hey  ! ! Mais je sens pas mauvais !       

            Dawn renifla son col de chemise juste pour être sure, mais constata qu'elle ne sentait pas autre chose qu'un peu de limaille de fer et de rouille.
            ― Ah si si, tu pues le vampire, mais tu vas t'y faire.
          ― Laisse tomber petite, intervint Myna sur un ton condescendant. Ils ont toujours été jaloux du fait que nous n'avons aucune odeur, ce qui rend notre chasse plus difficile, tandis qu'ils ont beau faire, ils sentent toujours un peu le chien mouillé.
         ― Temps mort vous deux  ! Claqua Oren, ne m'obligez pas à en prendre un pour taper sur l'autre. On a des choses bien plus importantes à régler.
          ― On  ? Comment ça on  ? lâchèrent presque en un parfait chœur le vampire et le lycan.
         ― Oui, parfaitement  ! Si on s'est tous retrouvé ici en même temps, c'est un signe  ! Il ne faut pas contrarier les signes, quelque chose de grave est en train de se passer. Je le sais, je le sens. Il faut être attentif à ces choses. Peut-être que je n'ai pas réussi à attraper un des ces assaillants, mais ils ont laissé derrière eux quelques uns de leurs cadavres dans la précipitation et eux vont bien nous apprendre quelque chose.
          ― Mais de quoi tu parles  ? C'est le hasard si on se retrouve ici  ! Je chassais moi, comme je chasse tout le temps, ça n'a rien à voir avec tes signes ou je sais pas quoi d'autres écris dans les étoiles  ! Enfin, Oren, c'est complètement déb…
         ― Ne me contrarie pas quand je parle de signe, ne me contrarie jamais quand j'ai une intuition. La dernière fois que tu m'as pas écoutée, on est resté coincé trois plombes sans manger dans la salle du jeu de paume, tu te rappelles de ça, parce que tu as failli manger une chaise à force  !  Donc,  suis-nous et ne me grogne pas dessus.

        Sous ses airs d'adolescente menue et fragile d'une quinzaine d'années, Oren était pour le monde des ombres une bien singulière orpheline. Ce mot désignait normalement les mutations originales et isolées qui créaient des créatures uniques dont on ne savaient de quelle espèce elles tiraient leur évolution ou leur dégénérescence et dont on ignorait si elles annonçaient une nouvelle race ou si elles allaient demeurer une exception. Normalement, ces cas exceptionnels passaient inaperçus et ne présentaient aucun intérêt pour personne. Mais la jeune femme présentait un caractère particulier parce qu'elle jouissait d'un très grand pouvoir qui la rendait extrêmement populaire auprès des autres peuples. Elle était une méta-morphe, appellation inventée spécialement pour elle et qui désignait le fait qu'elle pouvait prendre l'apparence de toutes les formes de vie pourvu qu'elle soit organiques. En un coup d'œil, elle pouvait imiter n'importe quelle créature, sa voix, sa gestuelle, jusque dans son odeur. 
         La grande question que se posaient vampires et lycans, était de savoir si Oren pouvait se reproduire de sorte que sa descendance puisse combiner ses caractéristiques ainsi que celles de chacune des races. Cela faisait quelques décennies qu'elle était donc convoitée et courtisée par ces deux clans sans qu'elle n'ait jamais fait de choix. Car, hélas pour ces aspirants, Oren avait une nature psychologique très complexe pour ne pas dire totalement psychotique. Elle était donc imprévisible, obsessionnelle et la plupart du temps incohérente lorsque personne n'était là pour cadrer ses névroses. Aussi, quand elle parlait des astres, de la destinée et des signes, il était hors de question de la contrarier sur ce point. Et le fait était que, dans ses délires métaphysiques, elle avait souvent raison, comme si sa folie lui avait ouvert les portes d'une sorte sixième sens.
           Contre mauvaise fortune, bon gré, Liam émit quand même un léger grognement de principe, puis suivit la troupe jusqu'aux carcasses inertes de leurs agresseurs. Dawn emboîta le pas comme un automate, bien persuadée qu'elle n'avait plus rien d'autre à faire que d'épouser la cause de ces nouveaux compagnons et, bien malgré elle, totalement hypnotisée par les fesses galbées de Liam.
Oren s'accroupit près d'un des corps et commença à fouiller les poches de son costume sombre d'excellente facture.

            ― En tout cas, il est humain, nota Myna d'un air presque aussi écœuré que lorsqu'elle parle des lycans. Ceci explique le recours à ce genre d'armes.
           ― Alors voyons ses papiers. Il s'agit de …de…Monsieur Jarvis stockes…
           ― Ah ben déjà rien qu'avec un nom pareil, il est mieux mort, le pauvre garçon.
           ― Merci Liam, tu m'aides beaucoup. Y'a rien dedans, pas de… Ah attendez, il y a une note, c'est pour un repas. Ca alors…
           ― Quoi  ?
          ― C'est un coupon de recharge pour une cafétéria…
         ― Oooh oui quelle découverte  ! Y'a vraiment des monstres partout, même dans les cafétérias  ! Mais où va le monde …
          ― Liam, le coupon est fait avec le logo de la LK corporation. Ca y est, tu replaces  ?
          ― Quoi, ce serait des hommes à Loki, répéta Myna.
         ― Ben tes signes, ils nous mettent pas dans la merde, tiens…
         ― Mais c'est qui Loki, demanda enfin Dawn de moins ne moins rassurée par les mines de ses compagnons, bien que pour être honnête, elle ne comprenait rien aux enjeux liés à la situation.
        ― Pour faire simple, tu vois dans les histoires, y'a toujours un méchant. Ben lui, c'est le méchant des méchants de toutes les histoires.


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Chapitre 9
 



       Les chiens c'est nul. C'est pas de leur faute, c'est juste que génétiquement, ils sont nuls. 

         Mais alors les loups-garous, c'est pire. Comme si vous preniez la chose la plus inutile, la plus bête et la moins intéressante et que vous multipliez par trois cette chose, habituellement d'un mètre sur un mètre. Donc les loups-garous, c'est encore plus nul que nul.

        Avez-vous déjà remarqué dans les films d'action, votre premier contact avec le méchant de l'histoire, c'est presque toujours dans une fusillade, une course-poursuite, ou une attaque à main armée. Comme s'il n'existait pas d'autres moyens plus subtiles au grand méchant de signifier au gentil qu'il est bien le méchant de l'histoire. Depuis le temps, il aurait dû comprendre que c'est complètement inefficace parce que d'abord, il rate toujours le gentil qui s'en tire systématiquement parce que sinon il n'y aurait plus de film, mais ensuite, parce qu'à la première attaque le gentil il n'a absolument pas compris le message. Aucun des gentils pris entre deux fusillades au début du film ne sait jamais pourquoi il fait l'objet d'une fusillade, ni par qui. Alors je m'interroge. Les humains sont-ils complètement débiles ou juste demeurés  ? Considérant que le méchant ne résiste jamais bien longtemps à l'envie orgueilleuse de dire au monde entier qu'il est bien le méchant, pourquoi ne commence-t-il pas tout simplement par envoyer un mail ou un sms ou même un courrier au gentil en lui disant que sauf erreur de sa part, il est le méchant et il va donc lui régler son compte de sale gentil  ? Non, au lieu de ça, on épaissit le mystère, ce qui n'a absolument aucun intérêt parce que si le mystère est trop épais, le héros est largué et n'arrive jamais au bout de l'intrigue. Résultat, ça donne des séries TV fleuve qui ne se terminent jamais, faute d'audience, parce que personne n'a rien compris. Ca énerve tout le monde, mais comme l'être humain ne tire jamais les leçons de ses propres erreurs, alors il remet le couvert. Bref, ça leur aurait coûté quoi à nos sniper de s'annoncer dans ce fichu hangar  ? Trente secondes, le temps de dire " oh là, nous venons en guerre au nom de Loki, permettez qu'on vous tire dessus". Ca nous aurait économisé les délires de raisonnement de la petite démone et ça m'aurait éviter une migraine.

         Parce qu'au lieu de ça, je me retrouve embarqué de force dans un sac absolument pas fait pour et coincé dans une voiture avec deux vampires, un monstre et un gros lycan. Et là, à ce propos, je tiens à rappeler à tous les futurs utilisateurs de coupés, que ce genre de voiture, c'est fait pour frimer quand on veut montrer qu'on a pas de charge de famille, à peine une maîtresse qu'on emmène jamais en balade et que donc, on est complètement disponible pour une auto-stoppeuse de 18 ans, taille 34, car après ça rentre plus sur les sièges en cuir. Jamais et je demande aux constructeurs automobiles de le stipuler dans leur contrat d'utilisation, ces voitures ne sont faites pour accueillir quatre personnes dont un gros loup-garou.

            Mais j'entends vos soupirs d'indignation, je ne suis pas sourds et les humains ne sont jamais subtiles quand ils pouffent d'indignation. Je sais que l'instant est grave  :,"ils" s'en sont pris à ma Dawn. "Ils", autre concept humain pour désigner les méchants qui ne se sont pas annoncés comme tels, parce qu'ils veulent ménager le suspens et épaissir le mystère, alors que ça gonfle tout le monde, voir paragraphe du début. Et là, je dois bien avouer que lorsque ça s'est produit, j'ai eu comme un bref instant de stupeur dubitative. Oui, contrairement aux humains souvent monotâche question sentiments, un chat peut être saisi de stupeur et en même temps être dubitatif. Mais ne refaites pas ça chez vous, vous n'êtes pas équipé pour. Bref, le méchant de cette histoire aurait-il un vrai problème de connexion neuronale  ? Etait-il pour une fois juste idiot  ? Parce que ça ne les avait pas effleuré, mes compagnons de fortune dans la boite à sardine à deux cent cinquante mille euros sans essuie-glace en position manuelle, mais on était en train de parler d'une pauvre étudiante. La seule révélation qu'elle n'avait jamais eu, c'était de comprendre qu'une coloration ne tient pas plus longtemps qu'on la laisse dix ou cinquante minutes.

          Et c'est à ce moment là que tout devint clair et logique. Si, si un jour vous avez la chance de vous réincarner en chat, vous comprendrez…


Le chat · 166 vues · 4 commentaires

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Commentaires

Commentaire de: Le chat [ Membre ]
Merci !!!

J'avoue avoir un gros faible pour le "couple" Myna/Oren...Elles sont aussi bancales l'un que l'autre et ensemble, pourtant tant bien que mal, elles arrivent à faire quelque chose lol...

Sinon Dawn me dit de dire qu'elle défit quiconque de rester stoique devant une paire de fesses musclées et pommelées d'un loup-garou...

Bon alors j'espère que vous avez le coeur bien accroché parce que les prochains chapitres vont dépotés ! finit la guimove, finit la douceur ! On rentre dans le gore, petites âmes sensible ....munissez-vous d'un sac XD
   19/02/2009 @ 17:37:55
Commentaire de: Lweeling [ Visiteur ]
Je suis d'accord avec Lelahel, dépoussiéré le mythe du vampire, ça peut pas faire de mal!

J'aime bien aussi l'organisation de l'"Ombre" si on peut dire, je trouve ça intéressant la façon dont tu décris ça, ce n'est absolument pas barbant (je précise parce que ce genre de discours peut assez facilement le devenir).
Enfin justement la société des ombres elle aussi modernisé et très bien intégré au monde humain que l'on connait, ça ajoute une touche de réalisme et de fantaisie! En bref, ça change des récits de vampires et co habituels.

J'adore aussi le duo formé par Myna et Oren, même si la première est vraiment froide! XD

Enfin le chat est toujours aussi parfait, franchement! (en plus il insulte Loki indirectement, ça vaut le détour!)
Pour finir, ma réplique préféré c'est sans conteste celle-ci:
"― Pour faire simple, tu vois dans les histoires, y'a toujours un méchant. Ben lui, c'est le méchant des méchants de toutes les histoires."
Bonne continuation et vivement la suite ;)
   18/02/2009 @ 22:29:23
Commentaire de: Bibi [ Visiteur ]
Haaaaaaan j'adore le chat ! Enfin le narrateur lol (qui est le chat donc ...), sa façon insolente de décrire les choses et tout ^^

Pis Myna me fait trop rire "simplicité, efficacité".

Vivement la suite ^^

(ah oui et euh Oren a du sang de Malkavien dans les veines ? lol)
   18/02/2009 @ 18:33:20
Commentaire de: Lelahel [ Visiteur ] Site web
Bon je vais pas encore dire que j'adore, ça ferait répétition, ça tu l'as compris ^^ Le tandem myna / Oren, est juste génial ! Elles ont des répliques qui claquent, qui m'ont beaucoup faite rire, elles font dynamiques et intelligentes ! et très attachantes ^^ Et puis roooh Daaawn voyons, se fixer ainsi sur un fessier masculin lol Et puis comme je t'ai dit, j'aime bien le fait que tu modernises un peu ce mythe du vampire, ça lui fait du bien !! bref, à chaque fois un peu plus accro ^^
   18/02/2009 @ 17:42:48

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