Chap 11
Vous vous rappelez de moi ?
Y a-t-il quelqu'un dans l’assistance qui s’est posé la question suivante : « mais où il est le chat ? ». Et bien le chat, il est toujours dans la sac en bandoulière, trimballé tantôt par la petite vampire autiste, tantôt par la démone cinglée. Avez-vous remarqué dans les films comme, soudain, un élément de l’histoire, un personnage ou objet, disparaissent du devant de la scène sans que personne ne se soucient d’eux. Et puis subitement, on les fait réapparaître comme sortis d’un chapeau de magicien bon marché, arrachant un bref « ah oui, il est là lui c’est vrai » au spectateur, qui vient d’aller se chercher un énième paquet de chips. Oui, parce que sachez, êtres humains à la mémoire défaillante, qu’il faudrait arrêter de manger des chips sur le canapé. D’une part, parce que je rappelle que votre canapé est en réalité notre canapé (ce serait bien d'intégrer le concept à un moment) et d’autre part, parce que les chips ça fait des miettes et ça pique les coussinets.
Et bien donc oui, je suis encore là et toujours malmené par des inconnus qui n’ont pas remarqué que le sac bougeait tout seul.
Bref, vous êtes sûrement en train de vous dire que là, ça devient un peu bordélique ce récit. C’est normal. C'est avant tout un récit d’humain dont le mantra principal, depuis l’aube des temps, est le suivant : pourquoi faire simple, quand on peut faire compliquer. Il y a toujours un moment dans un récit de science fiction où tout le monde se rentre dedans sans trop savoir pourquoi, jusqu’à ce qu’à ce qu' un personnage, plus futé que les autres, se décide à donner le mode d’emploi à tous les autres.
Or moi, je sais déjà qui est le personnage le plus intelligent et avec le recul, je me dis que s’il n’avait pas été là, on en serait encore à retapisser les fauteuils de toutes les voitures dans lesquelles Dawn et moi avons été jetés au cours de cette histoire. Oui, car Dawn vomit systématiquement en voiture, je ne sais pas pourquoi, ça doit être une sorte de mémoire génétique obscure : dès qu’on la pose sur une banquette arrière, elle vomit.
Je garde donc l'espoir de me faire un jour adopter par le seul personnage à peu près cohérent de cette histoire …Et vous aussi, après tout ça, vous voudrez être adopté par lui…Sauf que ça n’arrivera pas, parce que vous, vous ne savez pas ronronner.
Chapitre 12
Inconsciemment, Loki tapotait du bout de son doigt, la surface lisse et laquée de son grand et ô combien aimé bureau. Il finit par déplier sa silhouette longiligne et s’approcha lentement des immense baies vitrées qui donnaient sur toute la ville. L’imposante pièce ovale était à peine éclairée par deux lampes art déco qui distillaient une ambiance feutrée et typiquement anglaise. Loki détestait les éclairages vifs, même si ça n’était pas de tout repos pour ses yeux. Il avait regretté le passage de la bougie à l’électricité et lorsqu’il était chez lui, à l’abri du poids de la représentation et du pouvoir, il ressortait ses immuables chandeliers pour recréer cette ambiances nuancée et chaleureuse qu'il avait jadis connu. L’immortalité, ou plutôt l’extrême longévité, puisque Loki considérait que rien n’existait sans fin et que sans l’idée de mort, il n’y avait pas d’idée de vie, posait le problème de l’adaptation. C’était la plus grande et la plus cruelle des leçons que les créatures dotées de cette existence hors normes devaient apprendre. C’était sans doute pour cette raison que seuls les êtres nés immortels pouvaient vivre cet état avec sérénité, tandis que les hybrides nés humains et transformés ensuite, finissaient tous par subir une crise majeure qui, dans la plupart des cas, conduisait au suicide. Quand la maturation de l’esprit et des consciences vint aux créatures pensantes et que la psychanalyse fut inventée, la quasi totalité des études et découvertes dans ce secteur, furent mises en avant par des psychiatres qui avaient étudié le psyché des créatures immortelles.
Bien entendu et toujours pour le sacro-saint principe du bien de tous et de la préservation de toutes les espèces se partageant ce petit bout de planète, le monde en était resté à Freud. Pour qui donc vivait sans se soucier du caractère éphémère de sa propre existence, l’adaptation devait devenir une religion, un acte de foi qui échappait totalement à la raison. Il fallait s’en remettre en grand dessein d’une marche en avant historique, amenant sans cesse de nouvelles informations et rendant obsolètes les précédentes Dans ces conditions, l’attachement aux choses et aux êtres devaient nécessairement prendre une autre dimension. La perception humaine accouchait toujours d’une description naturellement horrible des créatures mythiques, comme si le sentiment positif tel que l’amour, l’amitié ou la compassion étaient forcément une donnée ADN proprement humaine et ne pouvait donc se trouver dans le schéma émotionnel d’un immortel. En réalité, le ressenti des émotions était simplement d’une nature différente de celle des mortels, il se situait à une autre échelle de valeurs. Mais l’être humain avait comme réflexe de comparer l’incomparable et de reprocher à une pomme de n’être point une orange. Ils vivaient si peu de temps sur cette terre, comment leur demander d’être sages, d’être philosophes et de relativiser ? Ils étaient et restaient des enfants, car leur horloge biologique empêchait leur âme d’arriver à pleine maturation. Alors ils fonctionnaient avec des réflexes d’enfants dans tout ce qu’ils avaient de merveilleux et d’horriblement cruels, tout en pouvant néanmoins imaginer et créer des outils d’adultes. Dans ces conditions, il n’y avait rien d’étonnant à ce que depuis l’aube des temps, les minorités de l’ombre se gardaient d’être trop découvertes par ces gamins capricieux et dangereux.
Cependant, malgré ce postulat de répartition des pouvoirs dans ce monde et de cette sorte de déséquilibre tacitement accepté part toutes les créatures vivantes et conscientes, il se produisait parfois des dérapages. Parfois, un cerveau, lassé de l’arrogance humaine à se comporter égoïstement, se prenait à croire que le monde n’avait que faire de cet équilibre et que le plus grand nombre gagnerait à changer la donne et ainsi la place accordée aux humains. Et c’était précisément le problème.
Loki plissa les yeux quand il entendit la voix de son assistante derrière la porte. Bahal était de retour et, même s’il ne le reconnaîtrait jamais, il était persuadé de son implacable professionnalisme. Donc, il l’avait forcément avec lui. Il crispa sa mâchoire pour contenir son excitation, ils étaient si proche… Si proche de voir ce que tant d’autres, avant eux, avaient rêvé de voir. Il avait fallu attendre si longtemps pour qu’enfin l’espoir naisse. A présent, il allait pouvoir effleurer, toucher, la clé de la plus grande énigme de l’histoire de ce monde.
Chapitre 13
Dawn avait renoncé à lutter. Elle se laissait traîner sur la moquette moelleuse, et sans doute hors de prix, de l’immense building dans lequel on l’avait fait entrer de force. Elle ne sentait plus son bras comprimé par la poigne de fer de ce géant à la peau halée qui paraissait avoir diriger son enlèvement ainsi que celui de Myna et d’Oren. Elles avaient été séparées dès la descente des deux véhicules dans un immense parking souterrain, trop immaculé et aseptisé pour être honnête. Il n’avait même pas pris la peine de leur bander lui yeux. Si elle s'était rappelée de la ville dans laquelle elle se trouvait, elle aurait pu savoir précisément où elle était. Ca ne l’avait guère rassurée, car même si elle n’était pas au meilleur de sa forme, elle se doutait bien que s’ils n’avaient pas l’air de craindre qu’elles les accuse de kidnapping par la suite, c’était peut-être parce qu’il n’y aurait jamais de suite. La montée dans l’ascenseur lui avait paru durer une éternité. Elle fixait les boutons sur le cadran d’affichage : quarante huit étages. Le ronron de la machine qui attestait du parfait fonctionnement du mécanisme l’avait plongée dans une étrange torpeur. Elle n’avait en tête que le visage de cette inconnue qui n’en était évidemment pas une. Elle était morte dans ses bras et l’avait regardé avec une telle intensité, comme si elle avait percé son âme pour lui en tirer le jus. Personne n’avait voulu lui répondre dans la voiture.
Est-ce qu’ils savaient seulement ? Est-ce que quelqu’un allait finir par lui dire ou au moins lui laisser le temps de souffler pour qu’elle puisse trouver par elle-même les réponses à ses questions ? De violentes crampes à l’estomac lui rappelèrent bientôt qu’elle était dans une réalité dure et cruelle. Elle respira plus fort et crispa les yeux, elle voulait savoir, n’importe quel interlocuteur ferait l’affaire, même le pire, surtout le pire ! Elle tenta de se redresser légèrement sur ses jambes. L’homme à coté d’elle dut la sentir bouger, car il tourna son visage aux traits volontaires et racés vers elle.
- Un problème ? lâcha-t-il d’une voix de baryton.
- Si peu, ne put-elle s’empêcher de répondre, la douleur et la lassitude lui donnant soudain de l’audace.
L’homme marqua un silence pesant.
- Tu dois rien comprendre à ce qui t’arrive, mais crois-moi tu te trompes d’ennemis. Je sais pas si ce qu’on dit de toi est vrai. Mais si c’est bien le cas, il serait temps que tu te secoues un peu et que tu arrêtes d’attendre que les évènements te tombent dessus sans réagir.
Dawn redressa brusquement la tête vers lui. Ses yeux d’un mordoré étrange étaient implacablement braqués sur elle, mais ils ne dégageaient aucune haine et ni aucune violence. Juste une force brute et contrôlée. Il y avait quelque chose d’ancien qui se dégageait de sa haute silhouette. Comme une vague impression de passé et de cliché historique. L’instinct du guerrier se lisait en lui et malgré sa tenue contemporaine, tout dans son attitude trahissait les grandes batailles antiques. Pour lui, il n’y avait pas de place pour la fragilité et les faibles devaient quand même se battre ou mourir. Dawn comprenait parfaitement le ton de sa phrase, elle savait bien qu’il la jugeait, sinon avec mépris, au moins avec dureté. Elle se rendait bien compte que depuis le début, elle offrait un spectacle assez lamentable à ceux qu’elle rencontrait. D’abord Myna et Oren qui avaient tenté de la protéger contre des assaillants inconnus, ensuite Liam, puis enfin eux qui semblaient en savoir tellement sur elle. Elle détestait cette sensation de dépendance malsaine qu’elle entretenait avec toutes les personnes qu’elle croisait. Elle aurait voulu enfin prendre les choses en main et montrer le chemin. Mais comment faire quand on ignorait même sur quel chemin on se trouvait. La jeune femme qui s’était jetée du balcon sous ses yeux était de sa famille et pourtant, elle n’avait rien ressenti qui aurait pu s’apparenter à de l’amour filial. Quelqu’un de sa chair et de son sang était mort sous ses yeux et elle était incapable de raccrocher ce fait à des souvenirs.
Elle sentait en plus de ses crampes d’estomac, une colère bouillonnante racler le long de sa colonne pour finir par lui étreindre la gorge. Et ce gros molosse qui se permettait de juger ses réactions, ou plutôt ses non réactions quant à ce qui se passait autour d’elle. Mais qui était-il pour lui donner une leçon à propos d'une guerre qui n'était pas la sienne et qu’elle n’était pas en mesure de comprendre.
Elle desserra la mâchoire et allait lui répondre quand elle se sentit poussée assez brusquement dans une large pièce ovale. Bahal lui lâcha le bras et elle perdit légèrement l’équilibre, comme si elle souffrait d’hypoglycémie. Elle se retint au dossier du première siège à portée de mains et se tint l’estomac par réflexe. Elle redressa le visage et balaya rapidement la pièce du regard. C’était un bureau. Un bureau de PDG ou de personne importante. Tout sentait l’affichage de la puissance et de la réussite ; du cuir impeccable des fauteuils jusqu’à la présence d’un frigo américain qui dissimulait en partie les magnifiques toiles suspendues à tous les coins de murs. Il y avait deux personnes dans la salle en plus de Bahal et elle. Un jeune garçon de l’âge de Dawn qui avait l’air aussi perdu qu’elle et un homme étrange à l’allure si distante et froide qu’il devait être la personne importante de l’histoire.
- Asseyons-nous, claqua l’homme de pouvoir en joignant le geste à la parole.
Dawn fronça les sourcils, mais ne bougea pas. Elle en avait marre des ordres et elle en avait marre qu’on lui dise quoi faire et quand le faire. Cela étant, ses bonnes résolutions révolutionnaires furent très vite étouffées par Bahal qui sur un regard de Loki, plaqua la jeune femme contre un fauteuil.
- Elle a faim. Poursuivit Loki alors qu’il s’était emparé de sa tasse de thé.
Le jeune garçon qui avait l’air d’être tout sauf à sa place murmura quelque chose de totalement incompréhensible, puis se dirigea ver le frigo d’un pas trop rapide. Loki soupira.
- Je vous en prie, Albert, tachez de faire au moins semblant d’avoir un cerveau en état de marche. C’est un vampire.
- Oh, bafouilla-t-il, pardon oui bien sur… heu…en fait… C’est Alexandre…monsieur.
- Et bien sur, vous me dites ça parce que … Vous pensez que ça m’intéresse, Albert ?
- Non bien sur que non…Monsieur.
Le jeune homme disparut de la salle sans un bruit, pas même une légère respiration.
- L’ennui avec votre race, ma chère, c’est que la faim est une pulsion qui a tendance à focaliser toute votre attention. Elle se comble vite, heureusement, mais ça vous rend assez obsessionnel. Une fois repue, j’ai peut-être une chance d’avoir une véritable discussion avec vous.
- Mais qui vous dit que j’ai envie de parler avec vous, grogna Dawn qui se sentait plus agressive tout d’un coup.
- Parce que vous en avez marre d’être une dinde.
- Pardon ? ? ! !
- On vous ballotte de droite à gauche, vous croisez des gens qui vous disent qu’ils vont vous venir en aide, qu’ils vont s’occuper de vous et qu’il faut que vous leur fassiez confiance. Mais au bout du compte, vous ne savez toujours rien quant à vos origines et aux raisons qui ont fait que vous vous retrouvez dans cette situation.
Pour le coup, elle devait bien reconnaître qu’il marquait un point.
- Moi je n’ai pas l’intention de vous venir en aide, je ne vais pas m’occuper de vous et si vous avez un tant soit peu de jugeotte, vous ne me ferez jamais confiance. Et pourtant, je vais vous dire tout ce que je sais de vous.
- Et bien entendu, vous faites ça par … Bonté d’âme ? Vous vous ennuyez ou alors vous aimez la couleur de mon chemisier ?
- En plus d’idiote, Bahal, tu aurais du me dire qu’elle avait l’humour exécrable des inconscients.
- Je l’ignorais.
- Bon écoutez, souffla Dawn que la douleur crispait, vous voulez me tuer ? vous voulez me découper en morceaux ? Alors, allez-y, je m’en fiche ! Je vis un véritable enfer depuis que je me suis réveillée dans cette foutue chambre. Je croise des créatures issues de mes pires cauchemars me dirent que tout est normal. J’ai perdu ma mémoire, j’ai perdu tous ceux que j’aimais. Et le pire de tout, c’est que je n'arrive même pas à les pleurer parce que je ne me souviens pas d’eux ! Vous savez ce que ça fait de voir mourir un membre de sa famille, qu’il agonise dans vos bras et vous laisse en consigne son dernier souffle ? Vous voulez savoir ? Et ben rien ! ça ne fait strictement rien ! Alors est-ce que vous croyez réellement qu'avec vos grands airs de PDG sorti tout droit d’un vieux James Bond, vous allez me faire peur et m’impressionner ? J’en peux plus de cette histoire, j’en peux plus de tous ces mystères. A quoi ça sert de vivre, si je n’ai personne à pleurer, si je n’ai personne à qui manquer… ?
Loki tourna la tête en voyant entrer à nouveau son premier commis, les bras chargés d'un petit plateau couleur argent et recouvert d'une cloche. Le jeune garçon s'approcha de Dawn et souleva la cloche. Il lui tendit un grand verre opaque dont le liquide chaud laissait échapper de fines volutes.
― Qu'est-ce que c'est ? demanda sèchement Dawn.
― Vous ne voulez pas savoir. Mais croyez-moi si vous n'avalez pas le contenu de ce verre, les crampes vont devenir insupportable.
Dawn, qui était déjà parvenu à son seuil le plus haut de tolérance à la douleur, porta sans réfléchir le verre à ses lèvres et but aussi vite qu'elle put. Elle devait se faire violence pour ne pas penser aux risques qu'elle prenait à faire confiance à ceux qui, justement, l'avaient à ce point malmenée. La nécessité faisait toujours loi et dans l'abysse crasseux dans lequel elle végétait depuis son éveil, c'est une vérité encore plus absolue. Le goût n'était pas désagréable. Le liquide épais distillait un parfum un peu poivré et épicé. La chaleur tapissa sa gorge comme un vin liquoreux et ses crampes d'estomac s'estompèrent étonnamment vite. Elle inspira profondément et apprécia ce répit dans la douleur.
― Bien, maintenant que nous en avons fini avec toute cette mièvrerie de petite fille malheureuse, nous allons pouvoir parler de choses sérieuses. Je vais vous faire une faveur, ce que je ne fais que très rarement, n'est-ce pas Bahal ?
― Je confirme.
― Pourquoi en faire, quand elles ne rapportent rien ?
Loki passa derrière la jeune femme et appuya ses mains de part et d'autre de son siège. Son corps élancé se courba pour approcher son visage de celui de Dawn. Elle pouvait sentir les effluves discrètes de son parfum mêlé de cèdre et d'embruns exotiques. Sa voix basse, légèrement éraillée, allait souffler des horreurs, elle en était convaincue tout au fond de son âme. Le frisson incontrôlable qui lui secoua la colonne vertébrale lui signifia qu'elle avait raison de craindre ce qui allait suivre.
― Je vais te dire la vérité. Ce sont tes chers parents qui ont commandité ta mort, très chère petite Dawn. Les mêmes créatures que tu as vu plus tôt dans la soirée et qui sont responsables aussi de la mort de ta sœur aînée, Camilla. Pourquoi, dois-tu soudain te demander ? Pourquoi tant de cruauté envers ce qui est le plus précieux des cadeaux : un enfant ? Pour le pouvoir. Toujours pour le pouvoir, c'est la seule chose qui tient ce monde. Tu es une personne très particulière Dawn, ou pour être plus précis, ton sang est très particulier. Ton code génétique est une clé qui sert à comprendre le message que nous ont laissé d'antiques alchimistes et qui conduit vers le saint Graal des armes de destruction massive. Raisonnement de fous, penses-tu sans doute ? Sauf que cette légende, connue de tous les cercles d'influence depuis des millénaires, est si importante que des familles entières se sont rendues coupables de toutes les exactions imaginables pour trouver cet objet tant convoité. Tes parents sont des petits cachottiers, ma chère, ils font partis de ces cercles qui croient dur comme fer à cette légende et on les a convaincu que l'une de leur fille donnerait le sang qui déchiffrerait les anciens parchemins. Ils ont fait jouer leur sombres relations pour extraire de ton corps, selon le rite consacré, le liquide providentiel. Et qui mieux qu'un vampire pour accomplir cette tâche délicate, n'est-ce pas ? Ton adorable frère, si dévoué à la cause des Windsharp, a mené l'agneau vers l'autel. Mais le bourreau à fauté et t'a laissé la vie sauve.
Loki marqua une pause dans son interminable monologue glacé. Dawn avait cessé de respirer, totalement pétrifiée en statue de sel.
― Ah la famille…
Il se redressa lentement et la contourna pour s'éloigner d'elle.
― Au fait, ce que tu as bu tout à l'heure, c'était du sang frai, pêché à la source d'un nourrisson. Je sais recevoir les invités de marque.
Dawn sursauta violemment et cracha par un réflexe automatique de répulsion instantanée. Elle suffoquait, la tête penchée en avant, persuadée qu'elle allait mourir en cette seconde. Ses mains crispées s'étaient soudées aux accoudoirs du siège et tout son corps tremblait de façon incontrôlée. Elle aurait pu imploser juste en cet instant, en s'effondrant sur elle-même et en se réduisant en poussière.
― Mais non, je plaisante, c'était du sang d'un bon vieux trentenaire alcoolique et sans doute chargé de cholestérol. Pourquoi personne n'apprécie jamais mon humour ?
― Pas assez de recul, claqua Bahal.
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